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mercredi 18 septembre 2013

Le non-verbal à votre service - Première partie

Par Me Vincent Denault

Quotidiennement, les professionnels du milieu juridique sont confrontés à une multitude de situations où l’importance du non-verbal est indéniable. Lorsque la recherche de la vérité est d’une importance capitale et que la communication sincère et efficace est une priorité, le non-verbal peut jouer un rôle déterminant. Or, vu l’évidente difficulté à distinguer le vrai du faux dans tout ce qui est dit et écrit sur le sujet, il n’est pas étonnant que certains soient sceptiques.

Par exemple, avez-vous déjà lu ou entendu que lors d’un échange entre deux personnes, les mots représentent 7% du message transmis, les éléments vocaux 38% et le non-verbal 55%? Une telle affirmation catégorique et sans réserve est inexacte, la « règle du 7%-38%-55% » est une généralisation excessive de travaux effectués en 1967 par Albert Mehrabian, un professeur émérite de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA). En effet, l’importance du non-verbal et celle des mots varient d’une situation à l’autre. Un collègue vous énumère une liste de jugements concernant un enjeu juridique particulier, le non-verbal est sans importance. Un témoin pleure à chaude larme alors qu’il affirme être totalement indifférent au problème abordé, le non-verbal est incontournable.

Ces deux illustrations sont d’une évidence manifeste. Cependant, au quotidien, les messages communiqués par le non-verbal peuvent être beaucoup plus subtils. Lors d’une entrevue initiale avec un nouveau client ou d’un interrogatoire de la partie adverse, l’observation du non-verbal permet d’obtenir de précieux indices sur les pensées, les émotions, les intérêts et les intentions de l’autre. À leur tour, ces indices peuvent amener l’observateur à poser des questions supplémentaires, à rechercher d’autres informations ou à vérifier certains renseignements, entre autres. Cependant, aucun ne permet à lui seul de détecter le mensonge avec certitude peu importe la personne et la situation, aucun n’est semblable au nez de Pinocchio.

En décembre 2012, dans l’affaire R. c. N.S., la très honorable Beverley McLachlin, Juge en chef du Canada, a soutenu que : « [la] communication non verbale peut donner au contre-interrogateur de précieux indices susceptibles de révéler l’incertitude ou la tromperie, et l’aider à découvrir la vérité. ». Avec raison, le non-verbal n’est pas décrit comme un indicateur de preuves absolues, son observation ne peut donner que de précieux indices.

L’un d’entre eux, l’expression faciale d’une émotion, permet d’en savoir plus sur l’état émotionnel de la personne observée. Paul Ekman, un expert de renommée mondiale sur les émotions et les expressions faciales, a établi que les expressions faciales de 7 familles d’émotions (c.-à-d. la joie, la tristesse, la peur, la colère, le dégout, la surprise et le mépris) étaient universelles, leurs grandes lignes sont essentiellement les mêmes d’un individu à l’autre lorsque l’émotion est éprouvée. À elle seule, l’observation des grandes lignes de l’expression faciale d’une émotion ne permet pas de connaitre la source de l’émotion, la raison pour laquelle l’émotion est éprouvée. Cependant, le contexte permet d’en avoir une bonne idée, mais les conclusions expéditives doivent être absolument évitées. Par exemple, conclure à tort qu’un individu ment car il éprouve de la peur et manifeste de l’anxiété peut avoir des conséquences dramatiques. Si le menteur peut avoir peur d’être découvert, l’individu qui dit la vérité peut lui aussi avoir peur et manifester de l’anxiété mais plutôt car il craint d’être jugé ou de ne pas être cru.

L’aspect non-verbal de la communication n’est qu’une pièce d’un plus gros casse-tête, une pièce qui, selon les circonstances, peut néanmoins avoir une importance considérable sur la compréhension des messages communiqués. Or, puisque les croyances populaires non fondées sont constamment répandues, la méconnaissance des différents travaux scientifiques publiés sur le sujet n’a rien pour faciliter l’apprentissage de ceux et celles qui désirent en savoir plus. La deuxième partie de cet article sera donc consacrée à certains de ces travaux, notamment à ceux ayant étudié la détection du mensonge et à d’autres connexes à ce sujet d’intérêt.



Cet article est une introduction au Dîner-conférence AJBM-CAIJ - Cour suprême, non-verbal et détection du mensonge qui aura lieu le 9 octobre prochain à la Cour d’appel du Québec à Montréal. Cette activité procure 1,5 heure de formation reconnue par le Barreau. Pour plus de renseignements ou pour vous inscrire, prière de consulter le site de l’AJBM.

 

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