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mardi 24 mars 2015

« Trucs et astuces de la magistrature » : entrevue avec l’honorable Martine L. Tremblay

Par Ashley Kandestin
Mitchell Gattuso

Admise au Barreau en 1983, l’honorable Martine L. Tremblay s’est spécialisée en litige, œuvrant principalement dans les domaines de disputes commerciales, droit bancaire, responsabilité civile et assurances, jusqu’à sa nomination à la Cour du Québec en 2012. En tant qu’avocate, l’honorable Tremblay s’est démarquée par son implication au sein du Barreau du Québec et du Barreau de Montréal ainsi que sur le plan social et communautaire. Elle partage maintenant quelques trucs et astuces acquis dans les salles d’audience.

Quels sont les traits essentiels d’un bon acte de procédure?
Un bon acte de procédure est bien structuré et concis. Pour qu’il soit bien structuré, il faut avoir pris le temps d’élaborer une théorie de la cause. Si la théorie de la cause est bien cernée, la concision s’ensuit.

Je prends aussi l’opportunité de donner un avis aux jeunes plaideurs : Il ne faut pas avoir peur de l’oralité. L’oralité implique la rédaction d’un énoncé sommaire. Si l’énoncé est concis, elle fait l’affaire. Ce conseil est encore plus important puisque le prochain Code de procédure civile sera très axé sur l’oralité.

Quels conseils donneriez-vous à un membre du Jeune Barreau qui veut devenir juge?
Selon moi, devenir juge ne devrait pas être nécessairement un objectif de carrière. Il faut d’abord et avant tout être un bon avocat. Ce qui est encore plus important, c’est d’être heureux dans ce que l’on fait. Si l'on aime le droit et que l'on développe nos aptitudes à communiquer et à s’exprimer, cette option de carrière va devenir une option logique et atteignable. L’avocat doit également faire preuve, par ses engagements sociaux, de ses qualités et valeurs en tant que personne. Un juge n’est pas qu’un juriste.

Il y a une grande quantité d’avocats, et peu de postes de juges, mais un bon avocat, tant à l’oral qu’à l’écrit, qui aime ce qu’il fait, aura une candidature qui va se démarquer. Nous ne sommes pas dans le système français où il y a une école pour les avocats et une école pour la magistrature. On suit le système anglais, où les bons avocats deviennent juges.

Notre objectif primaire devrait être de devenir un bon avocat. Si éventuellement ça mène à la magistrature, tant mieux.

Que pourraient faire les membres du Jeune Barreau pour développer leurs compétences en dehors des salles d’audience?
Il y a beaucoup de compétences qui peuvent se développer par l’implication au sein d’organismes à but non lucratif. Comme avocat, on est d’abord et avant tout des gens qui peuvent faire preuve de logique, de raisonnement et de jugement. Nous pouvons faire ressortir les éléments importants d’un débat ou d’une conversation et ainsi éclaircir une situation ou cerner les enjeux. L’implication au sein d’un organisme où l'on travaille avec et où l’on aide des gens n’ayant pas une formation juridique permet de développer cette aptitude-là.

Avez-vous appris quelque chose que vous auriez aimé savoir en tant que jeune avocate?
Oui. Il ne faut pas se laisser déstabiliser par les remarques qu’un juge fait tôt dans le procès. Son idée n’est pas encore faite et il y a toujours un moyen de le ramener à conclure qu’on a raison. Il ne faut pas non plus avoir peur d’échanger avec le juge. Bien entendu, il faut être poli et courtois, mais on peut quand même présenter notre point de vue, et s’il y a un angle qui ne marche pas, il faut reformuler notre argument en prenant un autre angle.

J’ai réalisé ça avec le temps, mais j’aurais aimé le savoir comme jeune avocate. Et je le vois maintenant en salle d’audience, où j’entends beaucoup de jeunes avocats. Il m’est arrivée de faire un commentaire et de m’apercevoir, plus tard, que cela avait peut-être « gelé » ou mis l’avocat mal à l’aise. Et le but de mon commentaire n’était pas de faire ça et j’ai fait en sorte de le laisser savoir à l’avocat.

Vous savez, c’est l’avocat qui maitrise son dossier et qui connait les faits de la cause. Le juge qui l’entend et qui pose des questions veut simplement mieux comprendre la cause et souvent clarifier la théorie de la cause en fonction de ce qu’il a compris ou retenu de sa lecture des procédures ou de son écoute de la preuve. L’échange avec le juge est important, et l’avocat peut réussir à lui faire voir le dossier comme il le souhaite. J’aurais aimé savoir cela dès le premier jour.

Vaut-il mieux commencer ou finir avec son meilleur argument?
La règle générale est qu’il vaut mieux finir fort. C’est ce que je pense, mais cette décision-là est une question d’instinct et dépend du déroulement de la plaidoirie et si l'on est en demande ou en défense.
Il y a une différence entre un argument faible et un argument qui n’est pas bon. Cela étant dit, un argument ne vaut pas toujours la peine d'être plaidé et il faut qu’on soit toujours prêt à s’adapter. Il ne faut pas plaider n’importe quoi, et il arrive de réaliser que ce que l’on croyait être notre meilleur argument ne fait plus de sens. Un bon avocat aura la confiance pour laisser tomber cet argument au lieu de le plaider quand même.

3 commentaires:

  1. Très intéressant! Il serait intéressant d'avoir plus d'entrevues de ce genre

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    Réponses
    1. Voici le lien à l'entrevue avec l'honorable Dalphond:
      http://www.blogueducrl.com/2015/01/trucs-et-astuces-de-la-magistrature.html

      Effacer

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