28 Mar 2013

Un petit perroquet pirate passif comme passager?

Par
Marie-Hélène Beaudoin
McCarthy
Tétrault

Pouvez-vous conduire votre
automobile avec un perroquet sur l’épaule? Je ne sais pas si vous pouvez
physiquement arriver à le faire (ou si vous avez même l’intérêt pour effectuer une tentative),
mais du point de vue légal, cela semble interdit à la lumière de la décision rendue dans Québec (Ville) c. Bourbeau, C.M. Québec no 79585870, 13 juin 2012 (j. Vachon).

Les faits de l’affaire sont fort bien énoncés par le Tribunal,
et méritent une lecture attentive :

« [1]   Le défendeur est poursuivi en vertu de
l’article 442 du Code de la sécurité routière, L.R.Q., c. C-24.2 pour avoir, le
3 novembre 2010, conduit un véhicule alors qu’un animal était placé de façon «
à gêner la conduite du véhicule », sur le boulevard Wilfrid-Hamel, à Québec.

[…]

[4]   Le défendeur a témoigné qu’il avait
effectivement son perroquet sur l’épaule droite. Il s’agit d’un perroquet «
Amazone à front blanc », de six à sept pouces de hauteur, le plus petit des
perroquets. Il se rendait à l’animalerie. Son perroquet a les ailes coupées et
ne peut voler. Il est reconnu comme un perroquet de style pirate qui est
passif, ne bouge pas. Le défendeur affirme qu’il ne voyait pas de danger dans
cette situation. Il ajoute que son perroquet ne vole pas dans le véhicule et ne
se tient pas sur le volant.

[5]   Le défendeur compare sa situation à celle
d’un autre conducteur qu’il a vu près de lui dans un autre véhicule où un chien
était sur la banquette avant pour conclure que sa situation était très
différente. Il précise que son perroquet a une valeur de 3 000 $. Il reconnaît
que s’il lui arrivait un accident avec son véhicule, son perroquet pourrait
être tué.

[6]   Contre-interrogé, il dit comprendre les
risques reliés à cette situation, mais il affirme qu’il est conducteur depuis
cinq ans et qu’il n’a jamais eu d’accident. Il reconnaît que la cage de son
perroquet était restée chez lui. Son perroquet n’aime pas être dans une cage.
Il est plus calme sur son épaule. Il distingue entre le perroquet qui ne bouge
pas et le chat qui peut bouger. Il reconnaît que son perroquet peut se promener
s’il le dépose « sur un meuble ». Il prétend qu’à la grosseur qu’a son
perroquet, il n’y a pas d’imprudence de sa part. Il est le seul « repère » de
son perroquet. Son perroquet ne lui a jamais sauté sur la tête. 

[7]   Le défendeur termine son témoignage en disant
que, s’il est capable de voir dans ses deux miroirs, il n’a aucun problème de
conduite.

[8]   Le procureur de la poursuivante fait valoir
qu’un animal, même tranquille, peut poser des gestes, car c’est un animal. Il
soutient que la situation était potentiellement dangereuse, car le perroquet
pouvait prendre panique et causer du danger. Il déduit que le perroquet se
trouvait « à la hauteur des yeux du défendeur », selon la preuve et selon la
stature du défendeur. Il prétend qu’il s’agit d’une infraction de
responsabilité absolue et qu’aucune preuve d’impossibilité ou de nécessité n’a
été présentée par le défendeur.

[9]   Le défendeur soutient qu’un chien et un
perroquet ne se comparent pas. Il affirme que son perroquet va peut-être «
revoler quelque part », mais qu’il ne sautera pas dans sa face. Il affirme que
le perroquet n’était pas placé de manière à gêner la conduite du véhicule. Il
reconnaît que son perroquet était à la hauteur de ses yeux, mais il prétend
qu’il n’a pas besoin de faire un 180° pour regarder « dans ses miroirs ». Il
prétend que son perroquet n’était pas placé de façon à gêner la conduite du
véhicule. »

Au final, le tribunal conclut que le défendeur est coupable de
l’infraction reprochée :

« [18]   Dans l’éventualité où un autre véhicule
heurterait à l’arrière celui du défendeur et ferait chuter le perroquet de son
épaule, pour aller choir ou s’agripper on ne sait où, il y a de sérieux risques
que le défendeur soit dérangé, gêné dans ses manœuvres de conduite adéquate et
appropriée requises pour éviter un accident ou en limiter les conséquences. Le
défendeur prétend qu’il n’a pas besoin de faire un 180° pour regarder « dans
ses miroirs », ce avec quoi le Tribunal ne peut être en accord. La surveillance
des angles morts, dans la conduite d’un véhicule, est parfois nécessaire et
peut s’avérer salutaire, de sorte que la présence d’un oiseau sur l’épaule du
conducteur, à la hauteur de ses yeux, peut l’empêcher d’avoir une visibilité
complète de l’angle mort et ainsi gêner la conduite du véhicule. La conduite
d’un véhicule nécessiterait, dans certains cas, que l’on soit capable de
prévoir l’imprévisible pour éviter un accident. Il faut donc, à tout le moins,
s’assurer que toutes les précautions raisonnables sont prises à l’avance pour
éviter un accident ou en limiter les conséquences.

[19]   Le Code exige que toute personne soit
attachée dans un véhicule pour des raisons évidentes de sécurité. Le Tribunal
est d’avis, qu’en regard de l’article 442 du Code de la sécurité routière, une
mesure semblable doit être prise pour un animal afin d’éviter que
momentanément, pour toutes sortes de raisons, la vue du conducteur soit
obstruée ou la conduite du véhicule soit gênée. Le fait que le défendeur n’ait
pas eu d’accident en cinq ans de conduite n’est pas une garantie sur laquelle
on peut tabler en pareille matière. »

Morale de l’histoire : attachez
votre perroquet!

Le texte intégral de la décision est disponible ici.

 

Commentaires (0)

L’équipe du Blogue vous encourage à partager avec nous et nos lecteurs vos commentaires et impressions afin d’alimenter les discussions sur le Blogue. Par ailleurs, prenez note du fait qu’aucun commentaire ne sera publié avant d’avoir été approuvé par un modérateur et que l’équipe du Blogue se réserve l’entière discrétion de ne pas publier tout commentaire jugé inapproprié.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.