par
SOQUIJ
Intelligence juridique
Articles du même auteur
01 Mar 2019

Sélection SOQUIJ – Directeur des poursuites criminelles et pénales c. Aouichi, 2019 QCCQ 360

Par SOQUIJ, Intelligence juridique

TRANSPORT ET
AFFRÈTEMENT : Les chauffeurs qui s’inscrivent sur l’application UberX dans
le but d’entrer en relation avec des clients potentiels afin de conclure un
contrat de transport rémunéré ne peuvent entretenir une expectative de vie
privée.

2019EXP-602

Intitulé : Directeur des poursuites criminelles et pénales c. Aouichi, 2019 QCCQ
360
Juridiction : Cour du Québec, Chambre criminelle et pénale (C.Q.), Laval,
540-61-080994-160 et 540-61-083945-177
Décision de : Juge Serge Cimon
Date : 31 janvier 2019
Références : SOQUIJ AZ-51566240, 2019EXP-602 (17 pages)

TRANSPORT ET
AFFRÈTEMENT : Les chauffeurs qui s’inscrivent sur l’application UberX dans
le but d’entrer en relation avec des clients potentiels afin de conclure un
contrat de transport rémunéré ne peuvent entretenir une expectative de vie
privée.

Résumé

TRANSPORT ET
AFFRÈTEMENT — transport routier — transport rémunéré de personnes à l’aide
d’une automobile sans être titulaire d’un permis de propriétaire de taxi
— Loi concernant les services de transport par taxi —
interpellation par un contrôleur routier — expectative raisonnable de vie
privée — application UberX — consentement — divulgation de renseignements —
droit à la protection contre les fouilles, les perquisitions ou les saisies
abusives — droit à la protection contre la détention ou l’emprisonnement
arbitraires — droit à l’assistance d’un avocat — exclusion de la preuve —
déconsidération de l’administration de la justice — recevabilité de la preuve.
DROITS ET LIBERTÉS
— droits judiciaires — protection contre les fouilles, les perquisitions ou les
saisies abusives — Loi concernant les services de transport par taxi —
transport rémunéré de personnes à l’aide d’une automobile sans être titulaire
d’un permis de propriétaire de taxi — interpellation par un contrôleur routier
— expectative raisonnable de vie privée — application UberX — consentement —
divulgation de renseignements — renonciation — exclusion de la preuve —
déconsidération de l’administration de la justice — recevabilité de la preuve.
DROITS ET LIBERTÉS
— droits judiciaires — personne arrêtée ou détenue — droit à l’assistance d’un
avocat — Loi concernant les services de transport par taxi —
transport rémunéré de personnes à l’aide d’une automobile sans être titulaire
d’un permis de propriétaire de taxi — application UberX — interpellation par un
contrôleur routier — exclusion de la preuve — déconsidération de
l’administration de la justice — recevabilité de la preuve.
PÉNAL (DROIT) —
garanties fondamentales du processus pénal — droit à la protection contre les
fouilles, les perquisitions ou les saisies abusives — droit à la protection
contre la détention ou l’emprisonnement arbitraires — droit à l’assistance d’un
avocat — Loi concernant les services de transport par taxi —
transport rémunéré de personnes à l’aide d’une automobile sans être titulaire
d’un permis de propriétaire de taxi — interpellation par un contrôleur routier
— expectative raisonnable de vie privée — renonciation — application UberX —
consentement — divulgation de renseignements — exclusion de la preuve —
déconsidération de l’administration de la justice — recevabilité de la preuve.
PÉNAL (DROIT) —
preuve pénale — exclusion de la preuve — Loi concernant les services de
transport par taxi
 — transport rémunéré de personnes à l’aide d’une
automobile sans être titulaire d’un permis de propriétaire de taxi —
interpellation par un contrôleur routier — droit à la protection contre les
fouilles, les perquisitions ou les saisies abusives — droit à la protection
contre la détention ou l’emprisonnement arbitraires — droit à l’assistance d’un
avocat — expectative raisonnable de vie privée — renonciation — application
UberX — consentement — divulgation de renseignements — déconsidération de
l’administration de la justice — recevabilité de la preuve.
Requête en exclusion de la preuve.
Rejetée.
Les défendeurs ont été interpellés
par un contrôleur routier qui, en utilisant une fausse identité, avait
sollicité une offre de transport par l’entremise de l’application UberX, et ce,
dans le but de vérifier le respect de la Loi concernant les services de
transport par taxi
. Le poursuivant leur reproche d’avoir offert un
transport rémunéré de personnes à l’aide d’une automobile sans être titulaires
d’un permis de propriétaire de taxi, contrevenant ainsi à l’article 117 de la
loi. À l’ouverture de leur procès, les défendeurs ont présenté une requête en
exclusion de la preuve fondée sur les articles 8, 9, 10 a) et
10 b) de la Charte canadienne des droits et libertés.

Décision
Les défendeurs n’ont pas démontré qu’ils avaient une expectative raisonnable de
vie privée à l’égard de l’application UberX. Il s’agit d’un espace public qui
sert à mettre en relation un chauffeur avec un client potentiel afin de leur
permettre de conclure un contrat de transport. En autorisant UberX à divulguer
les informations les concernant, les défendeurs ne peuvent entretenir une
expectative raisonnable de vie privée à l’égard de cette information. De plus,
rien ne permet de conclure qu’ils sont propriétaires de l’application ni qu’ils
peuvent en régir l’accessibilité ou la contrôler. La divulgation de
l’information ne s’effectue qu’avec l’accord exprès des défendeurs puisqu’elle
n’est transmise qu’une fois que ces derniers ont accepté la course. Ils
renoncent ainsi, implicitement, à la protection de leur vie privée pour ces
informations. La nature des renseignements communiqués (soit le prénom du
chauffeur, sa photographie, le numéro de plaque d’immatriculation ainsi que la
marque et le modèle de la voiture) ne touche d’ailleurs pas la vie personnelle
des défendeurs. Le contexte commercial dans lequel s’insère l’usage de
l’application UberX ne peut non plus faire naître une expectative raisonnable
de vie privée à l’égard de la pratique réglementée que constitue le transport
rémunéré de personnes. En s’engageant dans ce type d’activité, les défendeurs
n’utilisaient plus un simple véhicule de promenade, mais plutôt un «véhicule
commercial».

Même si les défendeurs avaient une expectative de vie privée, les contrôleurs
n’ont pas procédé à une fouille ou à une saisie abusives. En utilisant
l’application UberX, les contrôleurs agissent à l’intérieur de leurs pouvoirs
puisqu’ils s’assurent que le véhicule qu’ils s’apprêtent à faire immobiliser
est utilisé pour effectuer un transport de personnes. Ils pouvaient par la
suite en faire l’inspection et examiner tout document relatif à l’application
de la loi. Il est d’ailleurs reconnu que la remise de documents qu’une personne
est tenue de remettre pour examen ne constitue pas une fouille au sens de
l’article 8 de la charte, car il n’existe pas d’attente de vie privée à
l’égard de ceux-ci. Rien ne démontre que les inspections ont été effectuées de
manière abusive ou pour des motifs détournés. Les défendeurs n’ont pas non plus
été détenus arbitrairement en violation de l’article 9 de la charte. La
détention était justifiée par l’article 67 de la loi, et les contrôleurs ont
limité leur inspection à ce qui était nécessaire pour vérifier l’application de
la loi. De plus, les défendeurs ont rapidement été informés des motifs de leur
interpellation par des contrôleurs en uniforme. D’autre part, tout contact
entre un agent de la paix et un citoyen, même suspect, ne déclenche pas
nécessairement l’application du droit garanti par l’article 10 de la charte.
Les contrôleurs n’avaient pas l’obligation d’informer les défendeurs de leur
droit à l’assistance d’un avocat ni de leur permettre de s’en prévaloir
puisqu’une détention légale en matière de sécurité routière n’entraîne pas
l’application de ce droit. Par ailleurs, la brève inspection autorisée par
l’article 67 de la loi est incompatible avec l’exercice du droit à l’assistance
d’un avocat.

Enfin, même s’il y avait eu atteinte aux droits garantis des défendeurs, la
gravité de la conduite attentatoire de l’État, l’incidence de la violation sur
les droits des défendeurs ainsi que l’intérêt de la société à ce que l’affaire
soit jugée au fond militent en faveur de l’inclusion de la preuve obtenue.

Le texte
intégral de la décision est disponible ici

Commentaires (0)

L’équipe du Blogue vous encourage à partager avec nous et nos lecteurs vos commentaires et impressions afin d’alimenter les discussions sur le Blogue. Par ailleurs, prenez note du fait qu’aucun commentaire ne sera publié avant d’avoir été approuvé par un modérateur et que l’équipe du Blogue se réserve l’entière discrétion de ne pas publier tout commentaire jugé inapproprié.

Laisser un commentaire

À lire aussi...